Collectif montreuillois pour une alternative à gauche en France et en Europe  

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Un bilan d’étape est nécessaire
par Léonce AGUIRRE et Christian PICQUET (Du courant unitaire de la LCR)
Contribution à la coordination nationale du 3 mars 2007

À Montreuil-sous-Bois, les 20 et 21 janvier, les représentants de 300 collectifs se sont accordés :

  • pour poursuivre la bataille de l’unité de l’ensemble de la gauche antilibérale, en dépit des ruptures successivement opérées par les directions de la LCR et du PCF ;
  • pour confirmer les acquis des collectifs (texte « Ambition- Stratégie » et 125 propositions) et réaffirmer l’objectif d’ouvrir une nouvelle voie à gauche, ce qui passe en particulier par une ligne d’indépendance claire envers le social-libéralisme et par le refus de tout accord gouvernemental ou parlementaire avec le Parti socialiste ;
  • pour proposer que José Bové soit le nom sur le bulletin de vote d’une candidature collective, dans le  cadre d’une campagne qui rassemblerait l’ensemble des sensibilités concernées ;
  • pour décider de faire grandir dans le pays l’exigence d’unité et d’alternative au libéralisme, par l’interpellation du PCF et de la LCR afin que ces deux organisations renoncent à des candidatures séparées, et au moyen de grands meetings destinés à relancer la dynamique unitaire ;
  • pour permettre aux collectifs de conserver leur unité, grâce à la réaffirmation de la méthode du consensus et en distinguant la nouvelle coordination des collectifs des structures en charge de la campagne de José Bové ;
  • pour prolonger cette bataille aux législatives, dans la perspective de pouvoir présenter des candidatures unitaires labellisées dans le maximum de circonscriptions ;
  • pour tenir une nouvelle réunion nationale au début du mois de mars, afin de tirer le bilan de cette nouvelle tentative unitaire et de décider des suites à lui donner.

C’est dans ce cadre que le courant unitaire de la LCR s’est inscrit ces dernières semaines. De Montreuil à la rencontre qu’il faut maintenir les 10 et 11 mars onformément aux décisions de Montreuil, il importe aujourd’hui de dégager les enseignements de la situation aujourd’hui créée. Sauf à retirer aux collectifs la possibilité d’échanger leurs analyses à un moment charnière de cette séquence électorale, et sauf à les priver des moyens d’influer réellement sur les choix qui seront par la suite opérés, il nous paraît indispensable de maintenir cette rencontre à la date prévue. Au demeurant, il n’est pas inutile de rappeler que, pour nombre de participants et participantes à la réunion des 20 et 21 janvier, l’accord sur la déclaration finale avait explicitement été conditionné à la tenue d’un point d’étape avant l’ouverture de la campagne officielle de l’élection présidentielle. Revenir sur un point qui avait été essentiel à la construction du consensus entre nous serait donc inacceptable.

D’autant que les éléments d’appréciation sont, pour la plupart d’entre eux, en notre possession.

Incontestablement, depuis la fin janvier, la proposition de candidature de José Bové a bénéficié d’une dynamique militante dans beaucoup de villes et de régions. Elle a, de surcroît, recueilli un écho significatif dans l’opinion, amenant de nouveaux citoyens, de nouveaux secteurs associatifs à s’engager. Si de très nombreux collectifs ont choisi de ne pas mettre en danger leur pluralité, et s’ils ont en conséquence décidé de ne pas prendre position pour une des candidatures antilibérales déclarées, des comités Bové ont simultanément vu le jour. Tout cela atteste d’une disponibilité confirmée de milliers de militantes et de militants à la construction d’une alternative au libéralisme et au social-libéralisme.

Dans le même temps, force nous est de relever que la proposition de Montreuil s’est heurtée à une fin de non-recevoir de la part des directions de la LCR et du PCF. Dans la foulée, la précampagne lancée autour de la candidature de José Bové s’est de plus en plus affirmée comme destinée à aboutir à une troisième candidature dans l’espace antilibéral, au détriment de la bataille, décidée à Montreuil, pour une candidature qui puisse devenir un « trait d’union » entre les diverses composantes du « non » de gauche au traité constitutionnel européen.

Au-delà de déclarations d’intention justes, le « profil » général des interventions de José a accusé des limites évidentes : trop faible mise en valeur, dans les meetings autant que dans les médias, des 125 propositions programmatiques et de leur logique d’ensemble ; accent trop peu mis sur les questions sociales qui sont pourtant au coeur du ébat électoral (cf. Airbus) ; déclarations confuses sur les rapports à entretenir avec le Parti socialiste, allant jusqu’à se féliciter de l’évolution à gauche du discours de Villepinte de Ségolène Royal, ce qui n’était pas la  meilleure illustration de notre volonté commune de battre le social-libéralisme à gauche ; propos semblant justifier la concurrence entre candidatures antilibérales dans la recherche des parrainages d’élus…

Au point où nous sommes rendus, on ne saurait se retrancher derrière l’incertitude qui règne quant au franchissement de l’obstacle institutionnel des 500 parrainages. Il nous faut sans détours constater :

  • que le jeu ne se rouvrira pas, d’ici le 22 avril, à gauche du PS ;
  • que la candidature de José Bové (si ce dernier et son équipe de campagne décident d’aller jusqu’au bout) sera donc une troisième candidature antilibérale ;
  • que la concurrence réduit à néant la possibilité d’ouvrir une dynamique électorale au profit d’une des candidatures antilibérales en présence.

Dans ces conditions, on peut évidemment comprendre que des militantes et des militants, engagés dans les comités Bové, ne veuillent pas s’incliner devant les logiques de division qui nous ont conduit à une impasse calamiteuse et qu’ils envisagent d’aller, à tout prix, jusqu’au bout. Ce qui est un choix légitime, mais ce n’est pas le nôtre, car la candidature de José Bové ne peut être celle du rassemblement antilibéral. Elle ne peut être celle des collectifs. Et notre prochaine rencontre nationale se doit, tout en le regrettant, d’en prendre acte. Garder le cap ! Ensemble !

Le combat que nous avons mené pour le rassemblement n’a, pour autant, rien perdu de sa pertinence. Tous les sondages en font foi, en concurrence les unes avec les autres, les différentes composantes de la gauche antilibérale ne se partagent que quelques points d’intentions de vote.

Aucune d’entre elles ne peut espérer incarner une alternative à la hauteur des attentes qu’ont exprimées le 29 Mai, la révolte des banlieues et des quartiers populaires, ou encore le grand mouvement contre le CPE. Le paysage politique et social qui tend à se dessiner pour cette présidentielle vient même tristement le confirmer : le rejet du libéralisme conserve toute sa vigueur dans la société, les confrontations sociales en cours en attestent, mais il ne trouve aucun répondant crédible.

Raison de plus pour ne pas se résigner, pour persévérer, au-delà de l’échéance du 22 avril, dans l’action destinée à unir celles et ceux qui, issus de parcours différents, porteurs d’un engagement politique ou de leur expérience dans le mouvement social, ont en commun de ne pas renoncer à la transformation radicale de la société. L’expérience acquise depuis la campagne du « non » de gauche, l’existence de centaines de collectifs unitaires sur tout le territoire, le travail d’élaboration effectué par des milliers de militants pour aboutir au document « Ambition-Stratégie » ou au projet de programme : tout cela représente un acquis irremplaçable pour aborder l’avenir.

À terme, la question est plus que jamais posée, non d’un regroupement supplémentaire venant s’ajouter à ceux qui existent déjà, mais d’une force rassemblée, apte à bouleverser la donne en fédérant des dizaines de milliers de militants communistes, socialistes, écologistes, d’extrême gauche, syndicalistes, associatifs, féministes, altermondialistes… Quels que soient les options de chacun pour les semaines qui viennent, les apports de tous seront essentiels dans cette perspective.

Cet horizon se prépare dès aujourd’hui, en relevant le défi des échéances politiques qui suivront cette présidentielle - à commencer par les législatives où il faut s’employer à éviter que ne se reproduise l’éparpillement de la gauche antilibérale dans chaque circonscription -, autant que des luttes qui viennent bousculer le train-train de la compétition électorale. Par-delà la déception que nous éprouvons tous légitimement, il nous faut garder le cap. Ensemble!

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